Entrevue

Simon Lacoste-Julien: Plus d’équité dans l’apprentissage machine et dans notre communauté

Nous rencontrons aujourd’hui Simon Lacoste-Julien, co-fondateur du MILA, l’institut d’intelligence artificielle du Québec, professeur associé à l’Université de Montréal et Vice-Président Directeur de laboratoire du Samsung Advanced Institute of Technology (SAIT) à Montréal. Simon nous partage son parcours qui l’a amené à être une des plus grandes références internationales en apprentissage machine et qui lui a malgré tout laissé le temps de devenir un Leader TechAide.

Entrevues avec un Leader TechAide, Simon-Lacoste-Julien

“La solidarité humaine est très importante pour moi, et cela me brise le cœur qu’il y ait encore tant de pauvreté et d’inégalité dans ce monde.”

Qu’elles sont les moments marquants de votre vie qui vous ont amené à vous intéresser à l’apprentissage machine?

J’ai toujours été très curieux, intéressé par de nombreuses disciplines. C’est pourquoi j’ai fait une triple spécialisation (maths, physique et informatique) en tant qu’étudiant de premier cycle à McGill. Et si j’avais pu y ajouter la philosophie, la biologie, etc. J’ai suivi un cours d’introduction à l’intelligence artificielle à McGill, enseigné par Doina Precup, et je l’ai vraiment bien aimé. J’ai adoré la nature multidisciplinaire de ce cours.

C’est pourquoi lorsque j’ai commencé mon doctorat en informatique à l’université de Berkeley, j’ai décidé de me spécialiser dans l’apprentissage machine, car cela me permettait de combiner mon amour des mathématiques et de l’informatique avec de nombreuses autres disciplines comme les neurosciences, la physique, l’ingénierie, la biologie, etc. Le fait que la personne qui est devenue mon directeur de thèse, Michael I. Jordan, une figure bien connue dans le domaine de l’apprentissage machine, m’ait été fortement recommandée par Doina m’a également beaucoup aidé.

Comment votre intérêt pour la philosophie oriente vos recherches en apprentissage machine?

Au début de ma carrière, cela n’a pas beaucoup influencé mes recherches. Mon intérêt pour la philosophie (et la politique) signifiait seulement que je me souciais d’une approche hautement éthique de la science, et j’essayais également de rester impliqué dans la communauté universitaire pour améliorer les choses (par exemple, améliorer la diversité ; ou améliorer le processus d’évaluation universitaire).

Maintenant que l’apprentissage machine a de plus en plus d’applications dans la société, les questions éthiques sont de plus en plus présentes dans la communauté des chercheurs. Étant donné mon intérêt pour la philosophie, j’ai naturellement commencé à inclure certaines de ces questions dans mon programme de recherche. Par exemple, comment rendre ces algorithmes d’apprentissage machine plus « équitables », qu’est-ce que cela signifie et comment le certifier? Un autre aspect est comment faire en sorte que nos modèles incluent une notion de « causalité », un concept important en philosophie des sciences. Je dois mentionner que ces intérêts sont d’abord nés de mes étudiants et de mes post-doctorants, qui m’ont incité à prendre de nouvelles directions!

Quelles applications de l’intelligence artificielle peuvent avoir un impact positif sur notre communauté, que se soit à l’échelle locale ou globale?

Je pense que l’apprentissage machine peut avoir un impact très positif sur les soins de santé, en permettant une médecine personnalisée, par exemple, qui sera beaucoup plus efficace que les traitements classiques dont nous disposons actuellement.

Il nous aidera également à améliorer notre modélisation scientifique du monde, en contribuant aux prévisions météorologiques complexes (ou à la prédiction des tremblements de terre), par exemple, ou à des applications en biologie, comme l’a déjà démontré AlphaFold de DeepMind.

En 2020, vous êtes devenu un Leader TechAide pour soutenir les actions de Centraide de lutte contre la pauvreté et  l’exclusion sociale sur le Grand Montréal. Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre TechAide?

La solidarité humaine est très importante pour moi, et cela me brise le cœur qu’il y ait encore tant de pauvreté et d’inégalité dans ce monde. Centraide joue un rôle essentiel dans la mobilisation de la communauté et la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Quand Hugo Larochelle m’a approché pour me demander si je voulais soutenir TechAide, j’ai donc dit oui avec enthousiasme !

La façon dont nous pouvons aider n’est pas toujours évidente, mais TechAide a permis à la communauté technologique de se rassembler et de trouver des moyens d’aider à leur manière. TechAide joue également un rôle majeur dans la sensibilisation à ces problèmes importants dans notre communauté locale, et met de l’avant les actions positives menées par de nombreuses organisations qui pourraient bénéficier de notre soutien.

Sur les 4,2 millions de personnes qui vivent dans la région de Montréal, plus de 20% sont touchés par la pauvreté. Pensez-vous qu’on a un rôle à jouer pour améliorer le sort de ces personnes?

Définitivement (voir plus haut). Je suis également un grand partisan du concept de revenu de base universel, qui, je l’espère, permettrait d’atténuer la plupart (mais pas tous) de ces problèmes.

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